Edith Longuet-Allerme

À la suite d’un DNAP et d’un DNSEP obtenus avec les félicitations du jury à l’ESAM, ainsi que des études en Art & Art history program à l’University of Toronto at the Sheridan au Canada et un Master II Arts, Etudes Théâtrales, co-direction Arts plastiques (mention Très Bien), Edith Longuet-Allerme poursuit ses recherches sur les lieux où elle se déplace. De territoire en territoire, elle développe ce caractère mobile, instable, en suspension, des espaces. La lecture du temps prend position dans un dialogue entre l’absence, l’ici et le maintenant. Depuis 2009, elle a parcourus près de 112 destinations à l'étranger, et continue de voyager autour du monde afin d’explorer l’univers poétique d’un territoire microscopique délicat et silencieux.

Oeuvres

Edith Longuet-Allerme : ou l'intensité fragile

par Philippe Tancelin, Poète Philosophe

On dit de l'artiste que dans le cheminement de sa création, elle s'adonne aux matières subtiles, celles-là qui pénétreraient l'esprit, le chercheraient et le toucheraient aux points les plus sensibles de son exercice. Mais ne s'agit-il pas d'un partage du subtile entre la matière et Edith Longuet-Allerme, partage surgi d'une rencontre d'étonnement et d'innocence qui appartient en propre au souffle de l'artiste, l'attise comme un feu en eau, un sable en poussière, l'air en son manque.  La rencontre se forme depuis la ballade ou plus exactement la flânerie...un hasard... mais un hasard maîtrisé par la passion de la découverte...non l'invention mais le recueillement devant ce qui soudain s'offre à tous les sens, était bien là mais encore in-vu et sur lequel l'artiste se pose, ne se met pas en arrêt, mais pour lequel il s'octroie cet instant de respiration avant la course dans le devenir créateur du croisement entre ses sens et la matière.

Cette rencontre est toute de sagacité car il y a une énigme à deviner entre sable, poussière, eau, lumière et feu...l'énigme d'une résonance des uns, les autres avec soi et ce regard-témoin d'Edith Longuet-Allerme qui reconnaît en sa perception de l'instabilité des substances, le vestige de son antique création humaine.

L'artiste est funambule, elle marche sur ce fil tendu entre les éléments fondateurs et ce qui d'eux, s'abrite en elle pour genèse d'une création fragile, au gré du vent, de la dispersion, de l'éphémère, de l'indéfini, de l'in-tranquile. Les œuvres d'Edith Longuet-Allerme ne représentent pas. Si elles ont une figure, c'est celle de l'oeuvre témoin de l'instantané de son surgi qu'une subtile manière de le percevoir fait vivre de toute éternité dans l'enfance de notre regard.  Soudain on souffle des bulles qui forment des galaxies, on lance des plumes en l'air qui rappellent les meutes d'anges, une goutte d'eau s'épanche en fleuve de larmes, un grain de sable grippe la rotation de la terre, une poussière aveugle Dieu. L'oeuvre est là, telle une apparition-disparition, invite aux plus belles marches solitaires, flâneries de nos enfances sur les continents dérivant à l'envie...

Pour cette subtilité  de l'in-vu des choses les plus fondatrices de notre perception, Edith Longuet-Allerme n'hésite pas à se mettre en danger avec les matières. Elle les expérimente et c'est cette expérience dont l'oeuvre témoigne contre la maîtrise quelconque d'un résultat vis à vis de leur approche. L'oeuvre ainsi nous immerge dans son faire-même, étape par étape comme  parfois d'un seul trait, d'un unique élan vital, ce souffle impérissable de la découverte qui devient vision parce qu'elle demeure fragile et humble devant l'inconnaissable.

On ne peut pas se confronter à une réalisation de l'artiste sans faire l'expérience de notre propre subtilité à l'accueillir, sans comprendre l'énigme de notre propre regard sur elle et sur les éléments. C'est en cela sans doute qu'Edith Longuet-Allerme se fait notre propre éveilleur qui l'éveille elle-même aux énigmes de la nature en ses matières les plus sensibles et pénétrantes de notre fine et fragile intelligence humaine.

janvier 2015

De la gracilité des traces dans l'épreuve d'aller.... pour les oeuvres Isolation diaphane et 66°33° d'Edith Longuet-Allerme

Par Philippe Tancelin, Poète-Philosophe

Il est une relation singulière aux éléments qui mène chaque pas à sa propre découverte...qui ...quoi l'a guidé ? Que...qui conduit-il ? Ce pas irréglé du flâneur qu'on ne saurait domestiquer, n'a pas de destination, il est sa propre destination qui s'écrit pas à pas du chemin...au long d'une marche dont l'artiste témoigne par sa soucieuse empreinte. Edith Longuet-Allerme est celle-là qui chemine à travers le FRAGILE des matières...air eau...sable...verre...poussière...jusqu'à la pensée... Ce qu'on nomme ici FRAGILE, relève de l'intensité de cette relation d'accueil de chaque pas, geste, regard à l'égard de ce qu'ils ne croisent pas mais rencontrent profondément, selon des interactions subtiles avec les milieux parcourus.

L'eau frissonne d'une respiration, l'air oscille sous une caresse-l'autre, la terre tremble d'une pensée, le feu se glace d'une seule hésitation. Ici, le végétal vibre de ses membranes, fibres traversées-traversant la neige en tous ses états. Entre l'eau glaciale et le givre s'insinue fébrilement tout un itinéraire de traversée de la plante que longent les pas de l'artiste.

La flânerie se fond maintenant à la sinuosité de la racine cherchant sa fin éclose...

Tout est fragile et subtilement là, dans le devenir de sa forme incorruptible...

Sous l'implacable lumière, l'étendue immaculée est soudain frappée comme un métal par la légèreté tenace et capricieuse des tracés de vie...la plante affleure follement à son épanouissement dans ce milieu qui à la fois l'abrite et la poursuit hors de lui...

La flânerie envahit le grand blanc d'épaisse attente... L'artiste se tient en regard de la frontière entre le cours fluide des choses et la prise soudaine des glaces, entre la transparence et le vide.

L'oeuvre plastique chemine par étape, elle réalise une authentique poïétique du pas sur la neige suivant les dédales de la vie végétale inquiète et puissante.

Par cette installation, Edith Longuet-Allerme nous emmène jusque dans les initiales des éléments : lorsqu'ils nous abreuvent de leur pure résonance avec nos rêves inattendus.

avril 2017